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W1 5 IMG 1656 CopyHériter de médailles familiales peut mener à une recherche historique personnelle, quelque chose que les généalogistes font souvent. Une médaille peut être particulièrement utile si l’on connait ses critères d’attribution et (à l’exception des médailles de campagne britanniques datant de la Seconde Guerre mondiale) si l’inscription sur le bord de la médaille en question peut être appuyée par la lecture des histoires officielles et par des dossiers personnels militaires. La recherche peut être encore plus enrichissante si elle implique plus d’un membre de la famille ou plus d’une génération, car les renseignements sur une génération peuvent combler les manques de renseignements sur l’autre.

C’était le cas pour la collection de médailles ci-dessous (fig. 1). Le sergent-major John Adelta Baker  avait conservé les médailles des deux premières rangées, et la génération actuelle y a ajouté le reste[1]. Baker avait conservé ses propres médailles (en haut à droite), les médailles de son père (en haut à gauche), une des médailles de son beau-frère (au centre à gauche) et les médailles de Première Guerre mondiale de son fils (au centre à droite). Comme son père et son beau-frère, Baker était soldat de carrière. La recherche suggère même que sa carrière a duré un peu plus longtemps qu’elle aurait dû.

 W1 5 IMG 1656 CopyFigure 1 : Des médailles de famille. Toutes ces médailles sont des originales, à l’exception de l’insigne de képi du 13e Régiment de Fantassins et de la Silver War Badge de Baker, qui sont des remplacements. Les médailles de John Baker Senior comprennent des médailles de Crimée britanniques et turques ainsi que sa médaille d’ancienneté. Il manque la médaille de la Nouvelle-Zélande du sergent Dowling, qui a probablement été léguée à une différente branche de la famille. Cependant, selon le Medal Roll du 2e bataillon du 18e Régiment de Fantassins, il a reçu cette médaille pour la période 1864–66. L’insigne à quatre chevrons pour le rang de sergent-major a été discontinué en 1902. Veuillez noter l’ancien ruban violet pour la médaille de longs services et de bonne conduite utilisé dans les années 1860. Il a éventuellement été remplacé par un ruban à bordure blanche afin de le différencier du ruban de la Croix de Victoria.

La date exacte et l’endroit de sa naissance demeurent un mystère, même à la connaissance de l’armée. Selon la légende familiale, il serait né en mer. Les quelques documents restant du service de son père suggèrent que cela est probablement le cas. Son père (qui porte également le nom de John Baker) s’est joint au 1er bataillon du 1er Régiment de Fantassins en 1836 et a été en garnison à Gibraltar et dans les Antilles. Il a atteint le rang de sergent-major en 1847. Ce bataillon a été transféré au Nouveau-Brunswick (à Saint John et à Fredericton) en 1848 et, en 1849, il semblerait que J. Baker Senior soit sorti de l’armée et qu’il soit retourné en Angleterre. Peu de temps après, il s’est à nouveau joint à l’armée et a été assigné au 13e Régiment de Fantassins. En 1854, il a été envoyé en Crimée. Des documents de la paroisse anglaise suggèrent que sa femme venait du Nouveau-Brunswick. Ceci mène à croire qu’il a peut-être dû s’empresser de quitter la communauté et l’armée pour la marier. Le deuxième prénom du bébé, Adelta, est étrange et doit être confirmé. À l’époque, la tradition britannique était de donner à un enfant né en mer le nom du navire sur lequel il était né. Cependant, aucun navire portant ce nom, ni aucun navire portant un nom semblable, n’apparait sur le Lloyd’s Register of Shipping pour l’année 1850. Cette légende familiale est toujours sous enquête…

W1 5 CCI08062016 CopyFigure 2 : Le sergent J. A. Baker en 1869. Le képi a commencé à faire partie de l’uniforme de l’armée britannique en 1855. En 1870, l’armée a adopté une coiffure de style casque. Baker, qui s’est joint à l’armée à l’âge de 15 ans, aurait eu besoin de quelques années pour faire pousser une telle moustache.

Une autre légende dit que John A. Baker a menti à propos de son âge pour se joindre à l’armée. Ses documents d’attestation démontrent qu’il s’est joint à l’armée en novembre 1864, supposément à l’âge de 16 ans, ce qui voudrait dire qu’il serait été né pendant que son père revenait des Antilles. Il est donc possible qu’il ait menti à propos de son âge, avec l’aide de son père, qui était cosignataire sur ses documents. Cependant, en 1867, il était sergent dans le 13e Régiment de Fantassins et il portait sûrement ce rang dans la vieille photo de famille que l’on voit dans la figure 2.

Au début de sa carrière, il a servi principalement en Angleterre, mise à part une brève période en Irlande, soit de 1866 à 1867. C’est là qu’il a probablement rencontré sa femme, Mary Anne Dowling, une femme catholique du village de Birr, au sud-ouest de Dublin. Ils se seraient mariés dans une église catholique et, selon la légende familiale, sa famille l’aurait rejetée pour avoir marié un sous-officier. Cela semble peu probable étant donné que son propre frère, Michael Dowling, était sergent auprès du 2e bataillon du 18e Régiment de Fantassins et servait alors en Nouvelle-Zélande dans les guerres Maori. Un scénario plus probable serait qu’elle ait été mise à la porte pour avoir marié un protestant Anglais. Si un tel mariage avait eu lieu (et Mary semblait être une catholique dévouée), il n’aurait probablement pas été reconnu par l’armée sans l’autorisation de l’Église anglicane. Le bataillon a été transféré à Gibraltar et ensuite à Malte en 1872. Ses dossiers militaires (ainsi qu’un extrait tiré des dossiers de l’aumônier de l’armée britannique retrouvés en ligne) indiquent qu’il s’est marié (sûrement pour la deuxième fois) à Malte, le 11 novembre 1874, juste avant que le bataillon soit transféré en Afrique du Sud. La photo de sa femme (fig. 3) a probablement été prise environ à cette époque. Que le mariage soit officiellement reconnu était important car les sous-officiers avaient parfois le droit d’apporter leurs familles avec eux lors de transferts à l’étranger.

W1 5 CCI11062016 2 CopyFigure 3 : Mary Anne Dowling, la femme d’un sous-officier en campagne. Elle a officieusement reçu un revolver et paraîtrait-il qu’elle a dû s’en servir. La photo a été prise dans les années 1870.

Et c’est ce qui est arrivé. Lorsque le bataillon a été transféré en Afrique du Sud en 1874, Mary Anne a accompagné son mari et au moins un de leurs enfants y est né. Encore selon une légende familiale, un singe se serait enfui avec un nouveau-né et Mary l’aurait persuadé de descendre de l’arbre. Les ustensiles de Baker (fig. 4) sont les seuls articles personnels de cette époque ayant survécus, autres que ses médailles et ses insignes. Ces ustensiles ressemblent à la fourchette de la guerre des Boers exposée au Musée, avec une fonction supplémentaire; ils se replient sur eux-mêmes. Pendant qu’il était en Afrique du Sud, le bataillon a été impliqué dans la neuvième guerre xhosa (sur laquelle les dossiers de Baker ne contiennent pas de détails) et, bien sûr, dans la regrettable guerre anglo-zouloue de 1879. Heureusement pour Baker, le 13e Régiment de Fantassins était dans la colonne du colonel Wood, et non dans celle de Durnford, qui a été détruite à Isandlwana.

W1 5 IMG 1686 CopyFigure 4 : Les ustensiles de Baker. Ils se replient sur eux-mêmes pour être plus faciles à transporter. Cet ensemble comprend également un couteau, mais nous ne savons pas si Baker se l’était procuré. L’armée faisait parfois appel à Sheffield comme couteliers pour que les sous-officiers et les officiers puissent se procurer des ensembles d’ustensiles comme celui-ci.

Wood s’est presque mis les pieds dans une situation semblable à Kambula quand 20 000 hommes zoulous ont encerclé sa colonne de 2 000 hommes, qui comprenait le 1er bataillon du 13e Régiment de Fantassins. L’attaque a été contenue et les troupes montées de Wood ont mis les Zoulous en déroute en les attaquant pendant leur retrait. Suite à cette attaque et à quelques autres attaques semblables, les Britanniques se sont renforcés et étaient un peu plus méfiants en avançant sur le territoire zoulou, toujours suivis d’une grosse colonne d’approvisionnement et de civiles associés aux troupes.

Une autre légende familiale dit que Mary Anne a « accueilli un prince indien quelconque juste avant qu’il soit tué avec une sagaie par les Zoulous ». Cela n’est pas tout à fait exact. Le prince en question était le prince impérial de la France, Napoléon Eugene, exilé en Angleterre après que son père, Napoleon III, soit capturé à Sedan pendant la guerre franco-prussienne de 1870. Faisant partie de l’armée de Lord Chelmsford en Afrique du Sud en tant qu’observateur, le prince impétueux s’est aventuré sur une mission exploratoire accompagné d’une petite escorte militaire et a succombé à une attaque par sagaie lorsque sa troupe a été prise en embuscade par les Zoulous. Son corps a été retrouvé peu de temps après par des soldats du 13e Régiment de Fantassins. Les femmes des sous-officiers supérieurs auraient sûrement été employées en tant que serveuses à un dîner régimentaire ou quelconque événement peu de temps avant sa démise le 1er juin 1879. Mary Anne l’aurait sans doute rencontré à ce moment. Chelmsford était pressé de nettoyer sa réputation, qui en avait pris un coup suite à un autre événement désastreux. Il a donc poursuivi jusqu’à Ulundi, la capitale zouloue, avant d’être relevé de ses fonctions. Là, son armée, comprenant le 13e Régiment de Fantassins, a résisté à une dernière attaque lancée par les Zoulous, qui étaient affaiblis, avant que ces derniers succombent, permettant aux Britanniques d’entrer et de détruire leur kraal. En 1880, Baker, rendu sergent fourrier, a reçu la Médaille de la Reine pour l'Afrique du Sud avec l’agrafe 1878–79, qui est assez rare, et est retourné en Angleterre dans les baraques de Taunton, dans le comté de Somerset.

Il est devenu un instructeur de tir et a été promu au grade de sergent-major en 1883. L’histoire familiale est truffée d’anecdotes au sujet des problèmes rencontrés par les sous-officiers supérieurs essayant d’enseigner à des officiers.

Une autre légende de cette époque dit qu’il a remarqué un garçon en train de jouer sur un barrage au dessus d’eaux dangereuses. Il lui aurait ordonné de descendre mais le garçon aurait refusé. Il aurait continué de jouer et serait tombé en bas du barrage. Le sergent-major Baker aurait sauté à l’eau, l’aurait retiré de l’eau et puis l’aurait disputé pour avoir désobéi. Selon la légende, les gens de la région lui ont donné une canne à pommeau d’argent pour le remercier. Les dossiers militaires (ainsi qu’une note dans l’histoire du Régiment) confirment qu’il a reçu une attestation de la Royal Humane Society pour « avoir sauvé John Pierce de la noyade le 9 septembre 1886 ».

Même si, en 1885, il avait complété ses 21 années de service, il est resté dans l’armée jusqu’à sa retraite en 1891, à Taunton. Cependant, sa carrière militaire n’était pas terminée. En 1914, son fils aîné, John Baker (la famille n’était pas très créative lorsque venait le temps de nommer un garçon), s’est joint au 5e bataillon du Régiment (maintenant connu sous le nom de Somerset Light Infantry Regiment) et a été envoyé en Inde, où il est mort suite à une tuberculose. John Baker Senior a encore une fois posé sa candidature pour se joindre à l’armée, devant sans doute admettre que l’âge inscrite à son dossier n’était pas la bonne. Étonnamment ils lui ont donné le titre de sergent-major intérimaire au sein de l’escadron B du Army Service Corps Remount Service en septembre 1915, mais il n’a pas servi longtemps. Il a souffert de graves contusions après être tombé d’un wagon, alors, en décembre 1915, les médecins ont recommandé qu’il soit relâché car il n’était plus en état de servir. L’armée a délibérément maintenu qu’il avait exactement 65 ans lors de sa relâche.

À sa retraite, il est allé habiter avec sa grande famille dans le village de Taunton, dans le comté de Somerset, et il a bien sûr maintenu des contacts avec l’armée. En effet, une photo prise en 1924 (fig. 5) le montre en train de discuter avec le duc de York, le colonel en chef du Régiment à l’époque, sans doute lors d’une fonction régimentaire. Lorsque cette photo a été prise, l’ancien soldat avait ajouté à sa médaille de campagne africaine une médaille de longs services et de bonne conduite et la Médaille du service méritoire. Il avait également reçu la Silver War Badge pour avoir été libéré honorablement durant la Première Guerre mondiale. Le duc, bien sûr, deviendrait le roi George VI douze ans plus tard à l'abdication de son frère en 1936.

W1 5 CCI11062016 CopyFigure 5 : Le sergent-major Baker en train de discuter avec le colonel en chef du 13e Régiment de Fantassins, Son Altesse Royale le duc de York, en 1924. Le 13e Régiment (renommé le Somerset Light Infantry Regiment) avait été transformé en régiment royal en reconnaissance de sa défense de Jalalabad dans la première guerre d'Afghanistan. Le Régiment bénéficiait donc du patronage royal. Le duc a maintenu ce patronage une fois devenu le roi George VI en 1936.

Baker est décédé en juillet 1926, à l’âge probable de 76 ans (selon l'histoire du Régiment). Selon les histoires familiales, les rues étaient bordées de vieux camarades pour son dernier salut. Selon une autre histoire familiale, Baker avait tenu un journal de ses expériences en Afrique et était en train de transformer ses notes en un livre. Il s’était remarié après le décès de Mary Anne et, malheureusement, sa nouvelle épouse, qui avait tendance à nettoyer compulsivement, « a jeté les papiers désordonnés à la poubelle », ce qui est une grande perte pour la famille, ainsi que pour l'histoire du régiment.

Notes au sujet de la recherche : Les médailles, particulièrement lorsqu’elles ont le nom et le numéro de service du récipiendaire d’inscrit, sont très utiles pour dévoiler l'histoire. Les conditions sous lesquelles une médaille est décernée sont importantes à noter car elles peuvent aider à déterminer la campagne pour laquelle l’individu a servi. Les médailles d’ancienneté peuvent aider à déterminer la date à laquelle l’individu a débuté sa carrière militaire. Les dossiers militaires britanniques, même ceux datant du milieu de l’époque victorienne, contenus dans les Archives nationales de Kew sont encore assez complets. Il est donc possible de repérer les dossiers de service d’un individu à l’aide de son nom, son numéro de service et le nom de son régiment. Si on ajoute à ces renseignements l’histoire du régiment (les bibliothèques du QGDN et de la DHP contiennent les meilleurs renseignements) ou, encore mieux, un journal régimentaire, les dossiers du régiment ou des feuilles d’appel, il est possible d’obtenir des détails au sujet de l’endroit où un membre a servi et la date. Enfin, avec une connaissance des modifications apportées aux règlements des uniformes, il est possible de déterminer la date à laquelle une photo a été prise en examinant de près les détails des uniformes et des insignes. Il existe encore plusieurs musées et associations régimentaires. En leur écrivant une lettre, il est parfois possible d’obtenir des renseignements supplémentaires. Finalement, la meilleure source d'information est souvent la famille elle-même, quoique les histoires doivent habituellement être vérifiées car elles perdent de l’exactitude au fil du temps. Il vaut mieux d’obtenir l'information pendant qu’elle est toujours disponible. (Je regrette de ne pas avoir posé de questions...)

Soumis par le Commander (retraité) Mark Tunnicliffe


[1] Les médailles les plus récentes comprennent les médailles de la Royal Air Force de la Seconde Guerre mondiale appartenant à la petite-fille de Baker; les médailles de services canadiennes et une insigne de casquette de la marine de 1972 appartenant à son arrière-petit-fils; et les insignes de casquette de la Réserve et de la Force régulière appartenant à la femme de son arrière-petit-fils.

 

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