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Le 28 juin 1918, le City of Vienna a quitté Montréal avec à son bord 1 400 militaires canadiens en route pour l’Angleterre via Halifax. Il transportait aussi plus de 1 000 tonnes métriques de munitions. Mon père, Horace Patrick Nugent, faisait partie des soldats.

Le 2 juillet 1918, le navire s’est échoué et a fait naufrage sur les hauts-fonds rocheux aux abords de l’île Sambro près de l’entrée du port de Halifax. Les 1 400 militaires et l’équipage ont été secourus par une flottille de bateaux de pêche, l’équipage de bateaux de sauvetage, un bateau-pilote et un navire marchand américain, qui a recueilli 700 personnes à son bord.

Mon père a dit que, juste avant le réveil, le City of Vienna a subi une violente embardée, s’est immobilisé dans un soubresaut, puis s’est mis à gîter. On a donné l’ordre d’abandonner le navire. « La plupart d’entre nous pensaient que nous avions été torpillés. » Les soldats ont saisi ce qu’ils avaient à portée de la main et sont grimpés sur le pont supérieur. Sans trop porter attention à ce dont il s’agissait, mon père s’est emparé de deux objets près de lui, les a posés sur sa tête, puis a mis son képi par-dessus. Par miracle, le chapeau est resté sur sa tête pendant son immersion et son sauvetage. Les objets qu’il avait sauvés étaient en fait une photographie et son rasoir droit (voir la photo ci-dessus). On l’a tiré de l’eau, à moitié gelé et un peu sonné du coup à la tête que lui avait porté sa ceinture de sauvetage en liège. On l’a placé dans un bateau à moteur rapide et on l’a amené dans une petite ville aux abords de Halifax. Deux mois plus tard, une tempête a balayé le navire et l’a emporté en eau plus profonde où il a sombré.

Mon père était un orphelin anglais qui avait été envoyé au Canada à 12 ans en tant qu’un des « enfants de Barnardo ». On l’avait placé dans une famille d’agriculteurs dans l’Est de l’Ontario, d’où il s’était enfui après avoir été maltraité. La Société d’aide à l’enfance l’avait ensuite confié à la famille Maxwell dans Hull-Sud, où il avait continué à travailler à la ferme, mais où on le traitait davantage comme un membre de la famille. Même s’il n’a pas reçu de formation scolaire, la famille lui a trouvé un contrat pour livrer le courrier. À son retour de la guerre, il a épousé une nièce de la famille, Annie Dowd, ma mère.

Le 6 mai 1918, à l’âge de 18 ans, il s’est officiellement enrôlé dans l’armée au sein du 2e Bataillon de dépôt du Régiment de l’Est de l’Ontario, même s’il avait peut-être essayé auparavant, à 16 ans. Après l’échouement du City of Vienna et le sauvetage, la plupart des militaires ont presque tout de suite rembarqué sur le SS Thongwa. Mon père se rappelle que certains se montraient réticents à retourner en mer et que, dans certains cas, il a même fallu employer la force pour les faire monter à bord. Le Thongwa a quitté Halifax le 10 juillet 1918 et a rallié l’Angleterre le 22 juillet.

À son arrivée en Angleterre, mon père a été affecté au 6e bataillon de réserve canadien du CEC à Seaford, où il a servi jusqu’au 14 juin 1919. C’est alors qu’on l’a officiellement réaffecté au CEC au Canada, après l’avoir promu au grade de caporal suppléant deux mois auparavant. Il a regagné le Canada sur le SS Belgic, qui est arrivé le 1er juillet 1919. Il a été réformé deux jours plus tard.

Toute sa vie, mon père a utilisé le rasoir qu’il a sauvé du naufrage du City of Vienna. Il le gardait bien affilé et s’en servait avec une précision chirurgicale. Je me rappelle le matin quand il l’affûtait. À sa mort, c’est moi qui en ai hérité, avec sa Bible.

Soumis par Errol Nugent

 

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